Devenir une Nation : une trajectoire subie ou une volonté politique assumée

Avant de répondre à cette question, il serait utile de se demander quelles étaient les motivations derrière l'engagement de la France et du Sénégal en faveur de l'indépendance de la Mauritanie.
La réponse est fournie par les développements postindépendance : les tensions interraciales qui persistent fournissent une bonne grille de lecture sur les choix de l'époque.
La France coloniale tenait à maintenir ce territoire, rebaptisé « Mauritanie », dans le giron de l’Afrique occidentale française pour en faire une colonie permanente qui, sous le vernis d’une République indépendante, resterait sous un contrôle stratégique, économique et culturel étroit.
Bien entendu, notre pays adoptera, plus tard, sa nouvelle monnaie en remplacement du franc CFA et mettra à jour les accords de coopération bilatérale qui n'étaient qu'un tour de magie néocolonial. 
Cependant, la francophonie sera préservée pour le plus grand bonheur des tirailleurs francophiles, à savoir les Maures acculturés et les nationalistes ouest-africains, avec à leur tête les ethnicistes poulo-toucouleurs.
Il s'agit d'un calcul stratégique astucieux et efficace. En effet, si un peuple continue de s'accrocher au plurilinguisme officiel et au pluralisme ethnique institutionnalisé, il sera inévitablement confronté à la division, puis à la fragmentation.
C'est exactement ce que visait l'ancien maître : inciter les relais locaux à faire obstacle à une arabisation jugée aliénante, en lui opposant, comme seule solution, une francisation présentée comme vertueuse et sauveuse de l’assimilation et du retard scientifique et culturel.
Pour la jeune Mauritanie, existait-il pire menace ?
Il ne faut pas oublier, à cet égard, que les nationalistes poulo-toucouleurs, organisés au sein des FLAM, soutenus par le Sénégal, la France et l'État hébreu, avaient prétendu avoir été en mesure de ‘’changer la donne’’ : mettre un terme à l'État mauritanien qui est à dominante arabe et le remplacer par un nouvel État qui sera négro-africain et francophone pour toujours. 
Au regard des tragédies et des fractures identitaires passées, notamment le douloureux ‘’ passif humanitaire’’, quelles chances subsistent encore pour une véritable conscience nationale et l'émergence d'une Nation bien soudée ?
Malheureusement, il ne semble pas possible d'envisager une autre issue que le triomphe de l'agenda franco-sénégalais, qui prône l'établissement d'un État binational. C'est pourquoi les Français et les Sénégalais avaient rejeté toute forme de rapprochement entre les Arabo-Mauritaniens et leurs frères du nord, marocains et sahraouis. Oui, la Mauritanie devait perdre le nord, et elle y est ou presque, à moins que l’ethnicisme poulo-toucouleur ne soit neutralisé.

Ely Ould Sneiba
Le 6 octobre, 2026

ثلاثاء, 06/10/2026 - 15:39