La nouvelle aventure ambiguë

Cheikh Hamidou Kane est parti, mais l’aventure ambiguë continue. Cette fois, elle va dans l’autre sens. 

Le voyage de Samba Diallo, à l’époque, le menait vers la civilisation occidentale. Il devait apprendre à recevoir la science sans se perdre lui-même.

 

 Aujourd’hui, une autre génération de Samba Diallo entreprend un voyage différent vers La Mecque , Riyad, Doha, ou Le Caire, et d’autres centres du monde islamique pour étudier le Coran, et les sciences religieuses. Il revient parfois avec la barbe, la djellaba blanche, le turban et d’autres manières de se comporter, et une autre vision de la place des femmes et des rapports sociaux. 

C’est là qu’une nouvelle aventure ambiguë commence. Car la religion ne voyage jamais seule, lorsqu’elle  passe d’une société à une autre, elle rencontre des histoires, des cultures et des traditions qui lui donnent des formes particulières. 

Ce que l’on rencontre à Riyad ou à Doha n’est pas seulement l’islam , c’est aussi une société avec son histoire et ses coutumes. 

 

L’Afrique connaît l’islam depuis des siècles. Elle l’a étudié, transmis, africanisé, adapté à ses propres sociétés. La femme africaine, qui porte l’eau sur sa tête, qui travaille dans les champs, qui vend au marché, n’a jamais attendu qu’on lui apprenne l’islam, Elle le vit déjà.

 

 Ce que le nouveau Samba Diallo doit comprendre, c’est ce qu’il rapporte de son voyage et ce qu’il laisse derrière lui. Qu’il rapporte le savoir, la maîtrise des textes, la langue, la rigueur intellectuelle et une vision plus large du monde musulman, Mais qu’il sache laisser derrière lui ce qui appartient à une société particulière et non à la religion elle-même. Une djellaba n’est pas l’islam. Un turban n’est pas l’islam. L’Afrique n’a pas attendu que ses enfants partent pour comprendre l’islam. Elle l’a vécu, elle l’a étudié, elle l’a transmis à sa manière. 

La femme africaine n’a pas besoin de devenir une femme orientale pour être une bonne musulmane, et l’homme africain n’a pas besoin de devenir culturellement oriental pour approfondir sa foi. Ce qui compte, c’est de rapporter le savoir, mais de laisser derrière ce qui appartient à une société particulière.

 C’est peut-être là que l’aventure nouvelle rejoint la première. Hier, Samba Diallo devait apprendre à prendre la science sans perdre son âme. Aujourd’hui, le nouveau Samba Diallo doit apprendre à prendre le savoir religieux sans perdre son héritage africain.

 L’aventure a changé de direction, mais la question demeure. Que rapportes-tu de ton voyage et qu’as-tu laissé  ?

اثنين, 05/10/2026 - 11:45